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Le triangle impossible ou les limites de la coopération fiscale internationale

10 mars 2008

L’impôt est, avec la monnaie et la sécurité, l’un des grands attributs de l’État. La
première fonction de l’impôt est de couvrir les dépenses publiques, mais avec
l’élargissement des missions l’État, d’autres fonctions lui ont également été confiées et les
débats à son sujet ont ainsi suivi ceux sur l’État-providence. Pendant longtemps, ses
dimensions internationales ont été négligées. Il faudra attendre le tournant des années 1980
et la crise de l’État-Providence pour que l’on commence à prendre conscience des problèmes
que pouvaient entraîner sur la croissance et le financement des dépenses publiques une
fiscalité trop forte et des taux marginaux d’imposition trop élevés. La mondialisation viendra
élargir davantage encore le débat, en modifiant les relations entre les systèmes fiscaux mais
également en encourageant les gouvernements à réévaluer la fiscalité à la lumière d’un
nouveau critère : la concurrence.

Comme le rappelle le rapport économique du Président de 2006, en matière de fiscalité,
tout gouvernement doit toujours prendre deux décisions fondamentales : la première
concerne l’étendue et le niveau de biens publics offerts aux citoyens et la seconde, le niveau
d’imposition et le mode de répartition des impôts entre les citoyens. Ce qui a, par contre,
radicalement changé en l’espace d’une trentaine d’années, c’est le contexte dans lequel ces
décisions sont désormais prises. La concurrence fiscale s’est imposée, par choix moins que
par nécessité. Pour certains, elle présente de nombreux avantages, dont celui d’obliger les
gouvernements à gérer plus efficacement leurs finances et les programmes publics, mais des
voix beaucoup plus nombreuses s’inquiètent de ses effets négatifs, ou du moins des effets
délétères qu’elle peut rapidement engendrer si les gouvernements ne s’imposent aucune
discipline collective. Ces effets délétères sont de trois types : (1) limitations sévères à l’État-
Providence et réductions de ses capacités en matière de fiscalité ; (2) distorsions dans les
échanges et l’investissement ; et (3) évasion fiscale, avec en bout de ligne une érosion des
bases fiscales.

Tout devrait pousser les États à coopérer davantage entre eux et à établir des règles
communes. Pourtant, il n’en va pas ainsi ; les constats sont même, disons-le franchement,
« déprimants ». On en fera trois. Le premier été dressé par la Commission mondiale sur la
dimension sociale de la mondialisation : « L’économie se mondialise, tandis que les
institutions sociales et politiques demeurent essentiellement locales, nationales ou régionales.
Aucune des institutions mondiales actuelles n’exerce une surveillance démocratique
appropriée des marchés mondiaux ou ne corrige les inégalités de base entre les pays ».

(Suite dans le document joint)

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