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Obama vs McCain : quelle politique étrangère américaine après Bush ?

1er novembre 2008

Par Marc Desnoyers
Chercheur-boursier Marc Bourgie de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand et étudiant à la maîtrise à l’Université du Québec à Montréal

La présidentielle américaine de 2008 nous a réservé plusieurs surprises depuis que l’on connaît l’identité des deux prétendants à la succession de George W. Bush. Non seulement la course est-elle beaucoup plus serrée qu’on ne l’imaginait au départ, mais les enjeux de politique étrangère sont moins déterminants que prévu. Il est vrai que la politique étrangère est rarement la priorité des électeurs durant les présidentielles. Bill Clinton l’avait compris en 1992 en faisant campagne sur l’économie et en venant à bout du président George Bush père grâce au slogan « It’s the Economy, Studid ! ». Les événements du 11 septembre avaient pourtant ramené les enjeux de sécurité au-devant de la scène et il est donc curieux de voir Barack Obama et John McCain ne pas accorder plus d’attention à des questions comme l’Irak et la lutte contre le terrorisme. Et depuis la débâcle du système financier américain, nous en entendons encore moins parler… Ce qui frappe aussi est que les programmes de politique étrangère d’Obama et de McCain se ressemblent beaucoup plus qu’on aurait pu le croire au départ. Ce n’est pas exactement blanc bonnet et bonnet blanc, mais il est légitime de se demander si les candidats se démarquent l’un de l’autre… et même de George W. Bush !

L’Irak, l’Irak, et encore l’Irak

Barack Obama a grandement édulcoré sa position sur l’Irak au cours des dernières semaines et il parle beaucoup moins de cet enjeu que durant les élections primaires. Rappelons que le sénateur de l’Illinois avait fait de son opposition initiale à la guerre en Irak une pièce maîtresse de sa stratégie électorale. Pourquoi se fait-il désormais si discret sur la question ?
Il y d’abord la manœuvre habile de George W. Bush qui a essayé de convaincre les Américains que la violence avait diminué en Irak. Selon le discours officiel, le « Réveil d’Anbar » (la collaboration d’ex-insurgés sunnites dans la traque d’Al-Qaeda), l’augmentation du nombre de troupes américaines au sol (le surge) ainsi que la stratégie contre-insurrectionnelle du Général Petraeus (qui aurait en partie décimé Al-Qaeda en Irak) témoignent des succès de la guerre. Il est donc devenu facile pour les républicains de dire que Barack Obama s’est trompé sur la question de l’Irak et qu’il a sous-estimé la capacité de l’administration actuelle à stabiliser le pays. Qui plus est, la chute du nombre de soldats américains tués en Irak a fait dégringoler la guerre dans la liste des priorités des électeurs.

Il y ensuite le discours de John McCain selon qui la guerre en Irak fait partie intégrante de la guerre au terrorisme. Il a fustigé à maintes reprises Barack Obama, affirmant qu’il est irresponsable de retirer les troupes américaines d’Irak avant que le pays ne soit en mesure d’assurer sa propre sécurité (ou avant qu’Al-Qaeda ne soit complètement défait). McCain est aussi un partisan inconditionnel du surge, dont il s’attribue la paternité politique. L’argument selon lequel McCain poursuivrait ainsi la politique irakienne de George W. Bush semble donc fondé. Il ne faut cependant pas oublier qu’il a – en même temps – promis de rompre avec l’unilatéralisme de George W. Bush. À ce titre, il propose, entre autres, d’inviter les Nations Unies à jouer un plus grand rôle dans l’organisation des élections qui auront lieu en Irak cette année et l’an prochain.

Finalement, Obama propose pour sa part un calendrier de retrait de l’Irak, au rythme d’une ou deux brigades (environ 5000 soldats) par mois. Bien que vilipendé par McCain et le parti républicain, Obama a récemment vu le gouvernement irakien appuyer son plan. S’il est élu, l’armée américaine pourrait donc quitter l’Irak de manière progressive d’ici l’été 2010. Mais le démocrate promet aussi de maintenir quelques brigades après cette date, dont le but serait de maintenir une capacité de frappe rapide en cas de résurgence d’éléments insurrectionnels hostiles au gouvernement irakien. Aussi, Obama désire utiliser une partie des troupes retirées de l’Irak pour en accroître le nombre en Afghanistan qu’il considère comme le front central de la guerre au terrorisme. Une éventuelle présidence Obama ne mettrait donc pas un terme immédiat à la guerre. Par conséquent, ceux qui souhaitent un changement rapide de la politique actuelle pourraient être déçus. Ni Obama, ni McCain ne rompront radicalement avec la politique de Bush.

Pour un monde sans armes nucléaires

Un autre enjeu fondamental, mais qui soulève peu d’enthousiasme au sein de l’électorat est celui des armes nucléaires. Encore une fois, la proximité des positions des deux candidats sur cet enjeu est frappante. Les programmes de McCain et Obama indiquent tous deux que l’objectif à long terme est l’avènement d’un monde sans armes nucléaires. Dans la mesure où une réduction substantielle du nombre d’ogives nucléaires a été entamée sous la présidence de George W. Bush, de quelle manière les deux candidats comptent-ils débarrasser le monde de telles armes ?
Dans la foulée des récentes réductions bilatérales entre la Russie et les États-Unis consignées dans le traité SORT de 2002, les deux candidats proposent de lancer une nouvelle ronde de discussion avec le gouvernement russe. Fait à noter toutefois : les programmes des candidats sur la sécurité nucléaire ayant été rédigés avant août 2008, il est fort probable que leur volonté de négocier avec Moscou ait quelque peu été mise en mal par la récente invasion en Géorgie. Cela est particulièrement vrai pour John McCain dont la vision cold warrior des relations russo-américaines teinte certainement ses décisions. Néanmoins, peu importe qui sera le prochain président, il entamera presque assurément une nouvelle ronde de négociations avec Moscou dans le but de réduire le nombre d’ogives déployées par les deux pays.

Deux autres éléments de convergence entre les deux programmes sont à noter : la volonté d’étendre à la Chine l’interdiction de déployer des missiles nucléarisés à portée intermédiaire ainsi qu’un moratoire sur le développement de nouvelles armes nucléaires. Concernant ce dernier aspect, notons que McCain se garde une marge de manœuvre : il accepterait le développement de nouvelles armes nucléaires si la situation sécuritaire l’y contraignait alors qu’Obama ferme la porte à une telle éventualité. Les deux candidats promettent aussi de renforcer le Traité de Non-Prolifération Nucléaire (TNP) en visant spécifiquement des pays comme l’Iran et la Corée du Nord. Sur le dossier iranien en particulier, les programmes de deux candidats convergent : ils désirent tous deux empêcher la république islamique de se doter de l’arme nucléaire à n’importe quel prix, ce qui signifie que ni l’un ni l’autre ne renonce à l’utilisation de la force a priori. La différence réside plutôt dans le ton : alors qu’Obama a dit qu’il désirait prendre contact avec les autorités iraniennes, McCain a maladroitement résumé son programme envers l’Iran en parodiant une célèbre chanson des Beach Boys : « Bomb bomb bomb, bomb bomb Iran ! ».

Les opposants au bouclier antimissile américain seront aussi déçus d’apprendre que les deux candidats sont favorables à son déploiement. En revanche, leurs paradigmes de déploiement et d’opérationnalisation diffèrent quelque peu. John McCain poursuivrait la politique définie par Bush dans le Nuclear Posture Review de 2002 : le déploiement s’effectuerait de manière progressive, c’est-à-dire que les nouvelles technologies antimissiles seraient mises en œuvre à mesure qu’elles sont testées. Cela est fidèle à la politique actuelle du Pentagone, qui n’attend plus que ses systèmes soient efficaces à 100% avant de les mettre en opération. Barack Obama adopterait pour sa part une politique plus classique : les systèmes de défense antimissile seraient déployés uniquement lorsque leur parfaite efficacité est démontrée. La distinction est plutôt technique, mais le paradigme de déploiement a des incidences concrètes sur le type de bouclier antimissile qui sera mis en place. La méthode progressive de McCain implique des investissements dans plusieurs types de technologie dont le déploiement ne peut être envisagé que sur le long terme, comme les lasers antimissiles ou le système THAAD (Terminal High Altitude Area Defense). La méthode plus classique d’Obama est davantage conservatrice et vise à concentrer les investissements dans des technologies qui ont déjà fait leurs preuves, comme les missiles antimissiles Patriot PAC-3.

Pas de révolution dans les affaires étrangères

Une analyse des enjeux de politique étrangère qui déchirent les Américains révèle donc que les programmes d’Obama et de McCain sont plus proches qu’on pourrait le croire (et l’espérer !). Mais malgré des programmes similaires, le démocrate et le républicain incarnent tout de même des facettes différentes de l’identité américaine, l’une libérale et l’autre conservatrice. Et dans la mesure où les alliés des États-Unis se reconnaissent davantage dans la poésie progressiste d’Obama que dans le patriotisme conservateur de McCain, le plus grand enjeu de politique étrangère de l’élection du 4 novembre est peut-être l’image que les États-Unis projettent dans le monde. Un monde qui comprendrait mal la réélection des républicains, mais qui pardonnerait à « l’Amérique » plusieurs de ses péchés si les démocrates mettaient la main sur la Maison-Blanche.

Pour aller plus loin
Michael Gerson « The President Who Will Deal with Iran », En ligne, http://www.realclearworld.com/artic..., page consultée le 24 octobre 2008.
Nicholas Guariglia « Cowering in the Geopolitical Corner », En ligne, http://www.realclearworld.com/artic..., page consultée le 24 octobre 2008.

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