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Bien le bonjour d’Archimède

La crise, N°18, 4 décembre 2011

Résumé

Tout corps social plongé dans un bain d’austérité subit, du bas vers le haut, une poussée de fièvre sociale et politique dont la force est proportionnelle à l’intensité des inégalités dans la société considérée.

Contenu

1. Gérer la dette souveraine : fuite en avant, fuite en arrière ou défaut raisonné, p.3
2. Qui peut prétendre au défaut raisonné ?, p.5
3. Géopolitique : la déconnexion atlantique en marche, p.8
4. Et mes sous dans tout ça : l’heure de la suspicion, p.10
5. Le coin de l’intello : un nouveau triangle d’impossibilité, p.14
Annexe : chiffres de diffusion de LA CRISE, p.17

LA CRISE N°18... service après vente

La diffusion de LA CRISE N°18 en début de semaine dernière a suscité de nombreuses réactions, via des commentaires sur le blog d’Olivier Berruyer ou via des mails (une bonne cinquantaine) qui m’ont été adressés directement par des lecteurs qui ont pris connaissance de ma lettre sur le site du CEIM-UQAM (où sont disponibles tous les numéros de LA CRISE, du N°1 sept. 2007 au N°18) ou sur le blog d’Olivier. Je remercie tous ceux qui ont pris le temps de commenter ou de poser des questions… auxquelles je n’ai pas toujours la réponse, sachant que ma lettre reflète autant mes interrogations que mes certitudes. Il m’est évidemment impossible de répondre individuellement mais j’adresse à toutes et tous cette réponse collective… en attendant LA CRISE N°19… en 2012 assurément… sans engagement de date (l’avantage d’une lettre gratuite et sans abonnement est que l’auteur reste libre de son rythme de production et n’est pas obligé d’écrire pour honorer un engagement préalable !).
Les commentaires et les mails reçus sont très variés quant aux thèmes abordés. Ils se focalisent néanmoins autour de trois thèmes principaux :

  1. la nature possible d’un fédéralisme européen ;
  2. la portée du dernier accord européen et les espoirs associés ;
  3. la faisabilité du défaut raisonné.

1. La nature possible d’un fédéralisme européen
Soyons bien clairs. Les éventuels futurs Etats-Unis d’Europe ne seront jamais l’équivalent des Etats-Unis d’Amérique parce que les histoires sous-jacentes ne sont pas les mêmes. L’expression d’une « Fédération d’Etats Nations » me semble appropriée pour donner une idée du possible. Mais les points incontournables pour une avancée vers un certain fédéralisme relèvent de la convergence fiscale entre les Etats et de la montée en puissance du budget européen.

La situation actuelle est intenable en matière de fiscalité des entreprises et en particulier d’impôts sur les bénéfices : on ne peut pas accepter le dumping fiscal de l’Irlande par exemple. Que le cœur de l’Europe finance sa périphérie à travers des fonds structurels pour en faciliter la mise à niveau des infrastructures constitue la mise en œuvre légitime d’une solidarité régionale (les mexicains en voudraient bien autant dans le cadre de l’ALENA, mais hors de question pour les Etats-Unis au nom du sacro saint principe du « trade not aid » !). Mais que la périphérie vienne poignarder ses donateurs par un dumping fiscal qui tire les recettes fiscales de tous les pays vers le bas (dans une période où on n’en a vraiment pas besoin !) c’est proprement scandaleux. Donc, sans aller jusqu’à imposer un taux unique d’impôt sur les bénéfices, l’Europe serait bien inspirée d’imposer une fourchette étroite de taux acceptables et encore plus d’unifier l’assiette de la base imposable. Il faut faire de cette question un casus belli.

En matière budgétaire, la montée en puissance des ressources est indispensable. Il n’est pas question d’atteindre les 25% de PIB du budget fédéral US (dont 5% pour la défense impériale, hypertrophiée), ça n’aurait pas de sens relativement à la répartition des tâches en Europe entre les Etats et l’Union. Mais si le 1% actuel pouvait être significativement multiplié (donc avec des recettes fiscales affectées), cela permettrait de conduire des politiques européennes de productivité, de croissance, de mobilité de la main d’œuvre ainsi que de grands travaux qui prennent toute leur pertinence à cette échelle territoriale.

2. La portée du dernier accord européen et les espoirs associés
Plusieurs messages me demandent ce que je pense de l’accord européen de vendredi dernier : pas beaucoup de bien… au moins pour la partie émergée de l’accord, et s’il existe une partie immergée, il m’est difficile d’en prendre la mesure. Les positions allemandes antérieures étaient claires : pas de monétisation, mais pas de tabou contre le défaut partiel. La position française était moins claire mais on pouvait entrevoir une petite faiblesse en faveur de la monétisation pour éviter le défaut qui fragilise les banques… donc BNP, Soc Gé et Crédit Agricole. L’accord franco-allemand, sur lequel s’alignent tous les autres pays sauf le Royaume Uni consiste à rejeter et le défaut et la monétisation : ils sont fous ces gaulois et ces goths ! Ne reste plus que le suicide collectif de la grande austérité. On peut resserrer la contrainte budgétaire, mais auquel cas il faut desserrer la contrainte monétaire, sinon on fonce dans le mur. J’espère donc qu’il y a une partie immergée de l’accord (sans en être certain) qui tout en respectant l’indépendance de la BCE (inévitable concession à la paranoïa allemande) l’incite, une fois le ravalement de la façade budgétaire en chantier, à prendre ses responsabilités dans une gamme d’objectifs dépassant la seule lutte contre l’inflation.
Les nocturnes négociations bruxelloises m’ont néanmoins apporté un grand sujet de satisfaction à mon réveil vendredi matin : dire Merde à la Grande Bretagne, j’en rêvais, Merkozy l’a fait, et en plus sur le bon sujet, en l’occurrence la dérive off shore de la City qui n’a pas sa place dans l’Union Européenne. En écrivant le paragraphe sur la déconnexion atlantique dans LA CRISE N°18, je ne pensais pas que les faits me donneraient aussi vite raison.

3. La faisabilité du défaut raisonné
Beaucoup de questions autour de la faisabilité du défaut raisonné et sur ses modalités possibles de mise en œuvre. On arrive là aux rivages de l’océan de mon incompétence. Ce que je sais c’est que la réduction massive des dettes souveraines sera inévitable : il n’y a pas d’autre issue aux niveaux d’endettement atteints. Ce dont je me doute c’est qu’au cœur des appareils d’Etat on y réfléchit et on s’y prépare, en toute confidentialité. Et ce que j’imagine c’est que nous serons tous pris par surprise, un vendredi soir très tard après la fermeture de Wall Street. Par exemple, fin janvier 2013 le Président américain élu ou réélu pourrait bien nous faire un discours du style Nixon 1971… non pas pour annoncer le rétablissement de la convertibilité or du dollar (vous pouvez toujours rêver !) mais pour asséner au monde entier le reformatage de la dette américaine et les conditions de son remboursement sur 99 ans… au taux directeur de la FED au jour du discours, soit 0,25%. Et ce que je crains le plus c’est que nos braves dirigeants européens, imbus de leurs certitudes austères acquises sur les bancs des universités américaines, aient l’air bien cons, comprenant enfin l’adage « faites ce que je dis, pas ce que je fais », et qu’ils n’aient plus qu’à se réunir en conclave à Bruxelles jusqu’à ce que la fumée des titres des dettes européennes sorte de la cheminée ! Puisse l’esprit de la lucidité venir les visiter avant que nous assistions à un tel spectacle : ils veulent éviter le défaut pour sauver leur honneur… et surtout les banques, ils auront le défaut, les faillites bancaires, et le déshonneur en prime.

Voilà ce que je peux vous dire pour le moment. J’abandonne provisoirement le clavier pour me consacrer à la cuisine des canards qui m’attend sous peu, et aussi europhile que je sois… si jamais il venait à l’idée des bureaucrates bruxellois d’interdire le gavage des oies et des canards…je deviens souverainiste, j’entre en dissidence et je fonde le MLP (Mouvement de Libération du Périgord). Sur ce, laissons de côté quelques jours la dette, les taux, les CDS, l’Euro et le dollar… et reprenons des forces pour aborder 2012… une année très chaude (et je ne parle pas du réchauffement climatique, bien réel lui aussi !).

Henri REGNAULT, le 12 décembre 2011


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