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Corée du Nord-Dea sources et des solutions à la crise

Journal Le Devoir, 16 avril 2013, 16 avril 2013

Joseph Chung, professeur des sciences économiques, Université du Québec à Montréal et membre de CEIM-UQAM
Pierre Fortin, professeurs des sciences économiques, Université du Québec à Montréal

Les esclandres du chef suprême de la Corée du Nord, Kim Jung-Un, viennent de prolonger la péninsule coréenne dans une nouvelle crise. Les Sud-Coréens, habituellement plus ou moins indifférents à ces crises manifestent cette fois-ci l’inquiétude et même de la peur. Mais bien que la présente crise comporte des caractéristiques inédites si on la compare aux précédents, sa nature fondamentalement demeure la même.

Il se peut que la Corée du Nord attaque quelques îles sud-coréennes comme Yong Pyung Do et Bail Bung Do qui sont situées dans la mer Jaune de la côte ouest de la péninsule. Elle pourrait également attaquer l’armée sud-coréenne à proximité de la Zone démilitarisée qui sert de tampon entre le Nord et le Sud. Mais en l’occurrence, comme les Sud-Coréens sont habitués à de telles incursions, ce ne serait pas la panique à Séoul. On parle aussi de la possibilité que Kim Jong-Un lance ses missiles Moosoodan sur l’Île de Guam dans le Pacifique (à 3 500 kilomètres de la Corée du Nord) ou vers d’autres installations militaires des États-Unis. Mais le risque qu’une telle attaque se produise est minces, car il est presque certain que ces missiles seraient détruits par le système antimissile américain. Tout compte fait, il est plus que probable que la présente crise comme les précédents finira en queue de poisson. Cela veut dire que la Corée du Nord n’atteindra pas son objectif d’être entendue par Washington et d’être prise au sérieux par la communauté internationale.

Doctrine de Juche

Comment expliquer la crise ? Les sanctions imposées par l’ONU et la communauté internationale à la suite de ses tirs de missiles ou de ses essais nucléaires irritent le pays, mais ne le dérangent pas beaucoup, parce que l’aide de la Chine affaiblit ou annule l’impact de ces sanctions. Il y a aussi les exercices militaires de la série « Foal Eagle » (Aiglon en français), qui sont menés conjointement par la Corée du Sud et les États-Unis et dont les derniers ont eu lieu il y a quelques semaines. Ces exercices peuvent servir à accentuer le climat de guerre en Corée du Nord, mais ils ne sont pas nouveaux, ayant eu lieu chaque année depuis 1997.

Il faut plutôt chercher l’explication de la crise dans la doctrine « Juche ». Il s’agit de l’idéologie officielle qui a été élaborée par le président fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-Sung, et son fils Kim Jong-Il en réaction aux velléités impérialistes de Moscow. Fondamentalement, cette doctrine redéfinit le marxisme-léninisme en préconisant l’indépendance et l’autosuffisance totales de la nation : politique, économique et militaire. L’application de cette idéologie a eu pour effet d’isoler la Corée du Nord. Elle l’a empêchée de bénéficier des connaissances, des idées et des expériences du monde extérieur. Le pays n’a pas pu, par exemple, profiter des diverses expériences de développement des autres pays asiatiques, à partir des plus avancés, comme Singapour et la Corée du Sud, jusqu’à ceux qui ont émergé plus récemment, comme la Thaïlande, les Philippines, le Vietnam, voir la Chine. Un autre trait dominant du régime nord-coréen depuis 50 ans est évidemment la succession héréditaire du pouvoir politique, de Kim Il-Sung à son fils, Kim Jong-Il, puis à son petit-fils Kim Jong-Un.

La doctrine du Juche a plongé la Corée du Nord dans une impasse totale. L’objectif d’autosuffisance militaire a conduit les dirigeants à bâtir une armée qui compte proportionnellement plus de militaires actifs que dans n’importe quel autre pays au monde, soit 9% de 17 à 47 ans. Afin d’isoler ses citoyens de l’influences extérieures, les dirigeants ont voulu exercer un contrôle policier sur leur vie, sur la plan intellectuel comme sur le plan matériel. Avec autant de ressources investis dans l’armée et la police, il en reste beaucoup moins pour le développement économique et social. La grande souffrance du peuple nord-coréens et la dénonciation de cette situation par la communauté internationale ont mené à encore plus de mesures d’oppression pour empêcher toute contestation. Le développement de l’armée et d’arsenal nucléaire est le moyen qui est privilégié pour développer la fierté nationale, contrôler la population et perpétuer la dynastie tout à la fois.

Politique du rayon de soleil

Comment a réagit la Corée du Sud ? Sous le régime militaire de 1960 à 1987, son attitude face aux « frères séparés » du Nord a essentiellement reflété la méfiance et l’affrontement. Ce n’est que depuis 2000, souls la présidence de Kim Dae-Jung et son successeur Rho Moo-Hyun, qu’une politique de détente avec le Nord, connu sous le nom de « politique du rayon de soleil », a fini par prendre forme. Après un raidissement des relations avec le Nord sous la présidence Lee Myung-Bak de 2008 à 2012, la nouvelle présidente Park Geun-Hye qui est entrée en fonction en février dernier, semble maintenant prête poursuivre le rapprochement. Malgré toutes les critiques, la politique du rayon de soleil par Kim Dae-Jung (qui lui a valu le prix Nobel de paix en 2000) a réussi à établir une paix et un début de coopération économique entre les deux Corées. Il importe de souligner qu’une condition nécessaire de ce succès a été l’acceptation tacite par le gouvernement sud-coréen du régime nord-coréen basé sur le Juche et sur le pouvoir de Kim Jong-Il.

Développement économique

Ni la politique américaine ni les pourparlers à six n’ont réussi à désamorcer les crises nord-coréennes. La politique américaine a toujours reposé sur la méfiance. Elle a surtout cherché à isoler le Corée du Nord du reste du monde. De même, la politique internationale et les pourparlers à six se sont avérés peu utiles. Ils ont simplement donné à Kim Jong-Il le temps dont il avait besoin pour produire des bombes nucléaires.

La présente crise n’est guère différente des autres. À moins que ne s’opèrent des changements fondamentaux, chaque année va apporter sa nouvelle crise. La meilleure stratégie, quant à nous, consisterait à poursuivre la politique du rayon de soleil en acceptant la philosophie nord-coréenne de la fière indépendance (le Juche), mais en aidant le pays à accomplir cette indépendance à laquelle il aspire par la voie du développement économique. Le développement économique est le seul moyen de libérer la Corée du Nord de son régime autocratique et de l’aider, un jour peut-être, une vraie démocratie, capable de nourrir ses enfants.


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