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La crise au Honduras

Anachronisme ou résurgence des oligarchies ?, 15 septembre 2009

Il y a plus d’un mois, la victoire du conservateur Porfirio Lobo aux élections honduriennes marquait non pas le retour à la normalité mais plutôt l’entérinement du coup d’État du 28 juin 2009. Le coup devenait un fait accompli, le président déchu Zélaya renonçant au pouvoir et ses partisans rentrant à la maison sans toutefois reconnaître le nouveau gouvernement. Ce gouvernement, largement majoritaire à la suite d’une parodie d’élection ayant pour but de doter le régime d’une légitimité renouvelée, cherche depuis le 30 novembre la reconnaissance internationale afin de réintégrer officiellement le concert des nations, notamment l’Organisation des États américains (OEA). Si une majorité de pays latino-américains ont refusé jusqu’ici de reconnaître le président Lobo, celui-ci profite cependant du soutien officiel du gouvernement Obama et du soutien tacite de plusieurs pays de l’Union européenne. Si le gouvernement fait tout pour normaliser sa situation sur la scène internationale, la situation est fort différente à l’intérieur du Honduras, alors que les enlèvement et les assassinats se poursuivent impunément depuis le soi-disant retour à la démocratie. Revenons sur les événements qui ont mené à cette crise dans ce petit pays d’Amérique centrale.

Le 28 juin dernier, le président élu du Honduras, Manuel Zélaya était tiré de son lit par des soldats cagoulés et exilé en direction du Costa Rica. Alors qu’on croyait l’Amérique latine, forte de plus de deux décennies de régimes démocratiques, à l’abri de coups d’État, voici que le Honduras remet tout en question. S’agit-il d’un simple anachronisme, ou d’un signe avant-coureur d’un retour aux vieilles méthodes de main forte ?

Représentant d’un parti de centre-droit, le parti libéral du Honduras, Manuel Zélaya entra en fonction en 2006. Faisant adhérer le Honduras à la zone Petrocaribe et à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) en 2008, deux initiatives vénézuéliennes, Zélaya se mit à dos les élites politiques et économiques honduriennes, traditionnellement plus proches des États-Unis. À partir de juin 2009, un bras de fer s’est engagé entre le président et ses opposants, notamment le Congrès, la Cour Suprême et le commandement militaire. Cette crise politique avait pour objet immédiat la consultation à caractère non contraignante que voulait organiser le président Zélaya. La consultation aurait demandé aux Honduriennes et aux Honduriens s’ils désiraient ou non la convocation d’une assemblée nationale constituante qui aurait pu mener à des réformes constitutionnelles.

Craignant que Zélaya utilise cette assemblée afin de supprimer la clause interdisant au président d’effectuer plus d’un mandat et qu’il imite Hugo Chávez, (notamment par ses appels à la démocratie participative et ses tirades contre le capitalisme), le Congrès et la Cour Suprême déclarèrent cette tentative de consultation illégale et anticonstitutionnelle. Le conflit s’accéléra à partir du 24 juin avec le refus du chef d’état major, le général Romeo Vásquez Velásquez, de superviser la logistique de la consultation devant avoir lieu le 28 juin. Défiant le Congrès, la Cour Suprême et l’état-major militaire, Zélaya s’appuya sur la Loi de participation citoyenne et récolta plus de 400 000 signatures afin de justifier démocratiquement la tenue de cette consultation. Refusant de remettre en question un système de représentation politique donnant un poids important aux pouvoirs législatif et judiciaire contrôlés par les forces conservatrices, les opposants de Zélaya le renversèrent le 28 juin au matin avec un coup d’État rappelant la tentative ratée contre Chávez en 2002 (notamment l’implication des grands médias honduriens ainsi qu’une fausse lettre de démission attribuée à Zélaya présentée devant le Congrès).

La suite des événements est bien connue : soulèvements populaires massifs en appui à Zélaya, répression brutale et mise en veilleuse de l’état de droit, condamnation des putschistes par l’ensemble de la communauté internationale (bien qu’à des degrés différents), échec de la médiation du président costaricain Oscar Arias, échec des tentatives de Zélaya pour rejoindre Tegucigalpa en juillet...

Le 21 septembre, à la surprise générale, le président Zélaya avait rejoint la capitale hondurienne et trouvé refuge dans l’ambassade brésilienne avec quelques dizaines de partisans. Signe d’un règlement prochain de la crise ou d’une flambée de violence et de répression à venir ? Après plus d’un mois d’âpres négociations et d’intimidation de la part des forces putschistes, Zélaya et Michelleti annonçaient le 29 octobre dernier une sortie de crise prochaine et la création d’un gouvernement d’union nationale avec Zélaya à sa tête. Coup de théâtre (ou dénouement prévisible ?), ces accords ont été torpillées, Michelleti refusant d’intégrer les anciens ministres de Zélaya dans le gouvernement de réconciliation nationale et reportant le vote du congrès sur le rétablissement de Zélaya dans ses fonctions après la tenue des élections du 29 novembre. Par ailleurs, peu avant les élections, de nombreux attentats se multiplièrent principalement contre des opposants et opposantes du régime, mais aussi marginalement contre les pro-putschistes.

Refusant de donner une quelconque légitimité à la mascarade électorale organisée par le gouvernement de Michelleti, le Front de résistance au coup d’État lança un appel au boycott et plusieurs candidats de gauche, notamment le syndicaliste et candidat indépendant Carlos Reyes retirèrent leur candidature, laissant la voie libre au Parti national de Porfirio Lobo et au Parti libéral de Elvin Santos, tous deux faisant partie de l’oligarchie hondurienne. Lobo l’emporta haut la main dans des élections marquées par plusieurs accusations de fraude, notamment en ce qui concerne un taux anormalement élevé de participation. Quatre jour plus tard, le congrès hondurien votait massivement contre le rétablissement du président déchu, ce qui lui aurait permis de réintégrer ses fonctions jusqu’à la fin de son mandat le 27 janvier 2010. Michelleti restait donc en poste et les supposés accords historiques de réconciliation du 29 octobre semblaient un rêve lointain. Les élites honduriennes étaient gagnantes sur toute la ligne. Les forces populaires étaient quant à elles muselées autant par la violence et l’intimidation faite par l’armée et la police que par les graves limites à la liberté d’expression.

Le gouvernement de Lobo multiple depuis le 30 novembre les voyages à l’extérieur du pays afin de convaincre les gouvernements de la planète de reconnaître la légitimité du renversement de Zélaya et des dernières élections. Au niveau américain, le Costa Rica, la Colombie, le Canada, États-Unis, le Pérou et le Panama sont les seuls à reconnaître le nouveau gouvernement. Après quelques tergiversations, les diplomates étatsunien ont préféré voir la crise à travers une lunette de néo-Guerre froide où le Venezuela et ses alliés représentent l’ennemi continental. Ce n’est pas la première fois que les États-Unis choisissent de contenir les flambées des forces de gauche au détriment de la démocratie libérale et de l’état de droit.

Depuis le début décembre, le Front de résistance au coup d’État ne revendique plus le rétablissement de Zélaya à la présidence, lui même rejetant cette possibilité, mais plutôt la mise sur pied d’une assemblée constituante à forte majorité populaire afin de transformer la très conservatrice constitution hondurienne. Est-il besoin de rappeler que c’est en tentant d’organiser un référendum demandant la création d’une telle assemblée que le gouvernement de Zélaya s’est fait renverser ? Loin de se normaliser à l’interne, l’état de droit n’est toujours pas rétabli, les violences se poursuivent, la population est muselée et le gouvernement en profite pour détruire l’héritage du gouvernement précédent, notamment la Loi de participation citoyenne et l’adhésion du Honduras à l’ALBA. Plus de six mois après le coup d’État, la situation au Honduras ne défraie plus la chronique. À suivre.

Gabriel L’Écuyer
Assistant de recherche à la Chaire Nycole Turmel

La chaire Nycole Turmel vous propose quelques liens afin de bien saisir la nature du conflit au Honduras

Articles

« Une dictature qui ne dit pas son nom », un article duCourrier Internationalun an après le coup d’État au Honduras.

« Otro periodista muerto en Honduras », un texte du journalPágina 12publié le 22 avril 2010 sur les assassinats récents de journalistes au Honduras.

« Killing Organizers in Honduras », un texte de Joseph Shansky du 5 janvier 2010 publié sur Counter Punch sur les violences et les assassinats d’opposantes et d’opposants au coup d’État depuis les élections de novembre.

« Honduras Crisis Claims more Lives », un texte de Rory Carroll duGuardian sur la poursuite des enlèvements et des meurtres d’opposants et d’opposantes au régime malgré la venue d’un nouveau gouvernement.

« Honduran Elections Exposed », un petit vidéo du 8 décembre 2009 du réseau The Real News Network sur les fraudes électorales, notamment le taux de participation gonflé par le régime putschiste.

« Honduran Elections : A Parody on Democracy », un texte de Laura Carlsen sur le site de Americas Program qui analyse les dernières élections honduriennes comme une forme de parodie organisée et frauduleuse.

« Victory declared in controversial poll that was already a win-win for Honduras’s wealthy elite », un texte de Rory Carroll du Guardian sur le résultat des élections honduriennes et la victoire assurée des élites oligarchiques.

« Electiones en Honduras deben anularse ante abstencion de 75 %, dice Zélaya », un texte de TeleSURtv sur le résultat des élections du 29 novembre et le haut taux d’abstention.

« Reitera Estados Unidos su apoyo a comicios generales del próximo domingo en Honduras », un texte du 25 novembre du quotidien mexicain La Jornada sur l’appui des États-Unis aux élections organisées par le gouvernement putschiste le 29 novembre.

« Elecciones en clima de represión y temor », texte de Giorgio Trucchi sur le climat de répression entourant les élections à venir.

« Micheletti se retira "temporalmente" del Gobierno », un texte du 20 novembre du quotidien espagnol El País sur le retrait temporaire de Micheletti du gouvernement hondurien.

« Honduras : Rien ne va plus », un texte du 6 novembre 2009 de Radio-Canada sur l’échec de la sortie de crise.

« Vers une sortie de crise au Honduras », un texte parut dans le quotidien Libération sur l’accord entre Roberto Micheletti et Manuel Zélaya.

« The Plot Thickens : Honduran Coup Regime and Landowning Elites Enlist the Support of Foreign Paramilitaries », un texte de Reed M. Kurtz, chercheur associé au North American Congress on Latin America (NACLA).

« ¿Después de Zelaya, qué ? », un texte de Ismael Moreno tiré de la revue Envío de l’Université Centraméricaine de Managua, Nicaragua.

« Los militares piden la amnistía en Honduras », un texte de Daniel Lozano, envoyé spécial du Diario Público au Honduras.

« Honduran rivals strike deal in bid to end diplomatic crisis », un texte de Rory Carroll sur une éventuelle sortie de crise publié dans The Guardian du 15 octobre 2009.

« Honduran government hires fiction writer to hawk coup regime », un texte de Bill Conroy sur l’embauche d’une firme de relations publiques par les putschistes honduriens de Roberto Micheletti.

Nouvelles et images au jour le jour en provenance du Consejo Civico de Organizaciones Populares e Indigenas de Honduras (COPINH).

Dossier sur le Honduras de Minga-Mutirao Informativa de Movimentos Sociales, un portail Web regroupant des dizaines d’organisations et de réseaux des mouvements sociaux d’Amérique latine et des Caraïbes.

Dossier très complet sur le Honduras de l’Agencia Latinoamericana de Informacion (ALAI), avec notamment des articles de la journaliste Jennifer Moore, de la récipiendaire du prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu ou encore du leader cubain Fidel Castro.

« The road to Zelaya’s return : money, guns and social movements in Honduras », un texte de Benjamin Bangl, auteur du livre Dancing with Dynamite : Social Movements and States in Latin America à être publié aux éditions AK Press en 2010.

Dossier sur le Honduras de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) affilié à Sciences Po.

Dossier sur le Honduras du Red de Seguridad y Defensa de América Latina (REDSAL) avec notamment plusieurs textes de Leticia Salomon, sociologue et économiste, chercheure associée au Centro de Documentacion de Honduras et professeure au Directora de Investigacion Cientifica de la Universidad Nacional Autonoma de Honduras (UNAH).

« Why Honduras Sent Zelaya Away », article du Wall Street Journal par Mary Anastasia O’Grady.

Entrevues

Entrevue avec Silvana Forti sur le Coup d’État au Honduras.

[« Le Honduras est le gendarme des états-Unis en Amérique centrale », Entrevue du 7 décembre 2009 avec le syndicaliste Carlos Reyes publiée sur L’Humanité.

>http://www.humanite.fr/2009-12-07_International_Carlos-H-Reyes-Le-Honduras-est-le-gendarme-des-etats-Unis]

Entrevue avec Leticia Salomon sur le coup d’État au Honduras.

« L’ALBA face au coup d’État », entrevue avec Bernard Duterme, sociologue et directeur du Centre Tricontinental (CETRI).

Entrevue avec Berta Caceras, leader du Frente Nacional de Resistencia contra el Golpe en Honduras.


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