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Sommet des Amériques 2015 : au-delà de la rencontre historique entre Raul Castro et Barack Obama

31 mai 2015

Le Sommet des Amériques qui s’est tenu au Panama les 10 et 11 avril 2015
restera marqué par la rencontre historique entre le président américain,
Barack Obama, et son homologue cubain, Raul Castro. Après plus de
cinquante ans d’opposition, les États-Unis et Cuba ont convenu en décembre
2014 de renouer leurs relations diplomatiques et la rencontre des deux
chefs d’État à Panama est venue souligner leur volonté de définir une
nouvelle ère entre les deux pays. Au-delà de cette rencontre historique, ce
sommet a également été le premier à avoir réuni tous les pays de
l’hémisphère et celui lors duquel la volonté de Washington de retrouver son
influence dans les Amériques aura été la plus marquée.
Panama 2015 : le « premier » Sommet des Amériques
L’absence de Cuba a été l’une des particularités du Sommet des Amériques, et ce,
depuis la première édition, qui s’est tenue à Miami (États-Unis) en 1994. Ces
dernières années, l’intégration de la république communiste dans les affaires
hémisphériques à travers l’Organisation des États américains (OEA) et le Sommet
des Amériques a été le principal point de discorde entre les États-Unis et les pays
latino-américains. Pour ces derniers, la coopération interaméricaine ne pouvait être
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totale et réelle avec l’exclusion de Cuba de l’OEA, en vigueur depuis 1962. En 2009,
cette exclusion est levée, mais La Havane – qui considère l’OEA comme une
institution à la solde de Washington – n’intègre pas l’organisation, préférant
participer activement à la création de la Communauté des États latino-américains et
caribéens (Celac). C’est dans un contexte de rapprochement avec les États-Unis
initié en décembre dernier que Cuba a participé pour la première fois au Sommet des
Amériques d’avril 2015. Il est évident que les divergences restent nombreuses entre
Washington et La Havane, notamment sur la question des droits de l’homme, mais la
présence de Raul Castro à Panama constitue un fait marquant de la participation et
de l’implication de tous les pays à la rencontre continentale.
Lors de ce sommet, dont le thème principal était « Prospérité avec équité : le défi de
la coopération dans les Amériques », aucun engagement fort n’a été pris concernant
les principaux enjeux qui affectent la région comme la corruption, la lutte contre les
inégalités, la criminalité et les droits de l’homme. La rencontre entre les présidents
cubain et américain a éclipsé les autres enjeux de ce sommet, qui aura été une
occasion pour le gouvernement américain de réaffirmer, s’il le fallait encore, qu’il
reste un acteur incontournable de la coopération interaméricaine.
Barack Obama, l’autre gagnant de ce sommet
Si l’on devait désigner un gagnant à la suite de ce sommet, il est évident que le nom
de Raul Castro ressortirait, lui qui a réussi à placer son pays au-devant de la scène
de la plus grande rencontre hémisphérique à l’occasion de sa première participation.
Cependant, on ne peut ignorer le capital politique que le président Barack Obama
s’est procuré lors de ce sommet. Aux yeux du monde et en particulier de l’Amérique
latine, le président Obama est celui qui s’est montré le plus ouvert et le plus disposé
à rétablir les relations diplomatiques avec Cuba et même le président Castro l’a
qualifié « d’homme honnête ». Si l’on peut remettre en question les réelles intentions
– économiques notamment – qui motivent le président Obama dans son
rapprochement avec La Havane, c’est bien sous son leadership que ce
rapprochement a été possible et que Cuba a rejoint le concert des États américains.
Barack Obama a également réussi à calmer un différend qui est survenu quelques
semaines avant le sommet de Panama avec un pays allié de Cuba : le Venezuela. En
marge de l’actuelle crise vénézuélienne, le président Obama avait déclaré que le
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Venezuela constituait une menace pour son pays et il avait par conséquent appliqué
des sanctions – gels d’avoirs et interdictions de visa – contre sept dirigeants
vénézuéliens. Cette décision avait été largement condamnée par les pays latinoaméricains
et il est évident qu’une augmentation de la tension avec Caracas au
moment où Washington souhaite normaliser ses relations avec La Havane s’avérait
être incohérente avec la volonté du président américain de réaffirmer le rôle central
des États-Unis en matière de coopération continentale. Ainsi, juste avant le sommet,
Thomas Shannon, un conseiller du département d’État américain, s’est rendu au
Venezuela où il s’est entretenu avec le président Nicolas Maduro et avec la ministre
des Affaires étrangères, Delcy Rodriguez, pour apaiser les tensions entre les deux
pays. Lors du Sommet des Amériques, le président américain s’est ensuite entretenu
avec son homologue vénézuélien, même si aucune grande décision n’est ressortie de
cet entretien.
Les différends entre les deux pays restent importants, mais en se présentant au
sommet dans un esprit d’apaisement des relations avec la république bolivarienne, le
président américain s’est vraisemblablement attiré les faveurs de pays latinoaméricains
comme le Brésil, qui s’est proposé comme médiateur entre les deux pays.
Toutefois, ce modeste rapprochement n’empêche pas les États-Unis de chercher à
réduire l’influence du Venezuela dans les Caraïbes. En effet, avant sa venue au
Sommet des Amériques, le président Obama s’est rendu en Jamaïque, où il a
défendu l’Initiative de la sécurité énergétique des Caraïbes auprès des dirigeants des
États de la Communauté caribéenne (Caricom). Cette initiative, qui est présentée par
Washington comme un projet visant à aider les pays caribéens à sortir de leur
dépendance énergétique, constitue plutôt une alternative à Petrocaribe, qui est une
alliance permettant la vente de pétrole vénézuélien à un tarif préférentiel en faveur
de 17 pays caribéens et qui a été lancée par le Venezuela en 2005.
En définitive, le sommet de Panama a permis aux États-Unis de réaffirmer leur
leadership dans l’hémisphère. À travers le rapprochement avec Cuba, l’atténuation
de la tension avec le Venezuela, la consolidation des relations avec les pays latinoaméricains
et caribéens, les États-Unis cherchent à retrouver une part de l’influence
qu’ils avaient autrefois dans les Amériques. Pour Cuba, cette rencontre a constitué
une nouvelle étape dans sa quête de reconnaissance internationale. Toutefois, avec
cette première participation de Cuba au Sommet des Amériques, la question de
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l’adhésion de l’île des frères Castro aux principes de l’OEA se pose désormais avec
plus d’insistance. Cuba étant souvent critiqué pour ses manquements démocratiques,
il sera intéressant d’analyser sa position face à la Charte démocratique de l’OEA,
dont les fondements sont la bonne gouvernance, le respect de la démocratie, des
droits de l’homme et des institutions.

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