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Dévastation en Dominique suite au passage d’Erika

2 septembre 2015

Les effets de la tempête tropicale Erika sur la Dominique

Dévastation en Dominique suite au passage d’Erika
Par Yves Charron

Située entre la Guadeloupe et la Martinique et au cœur de l’arc antillais, la Dominique est un petit pays de 754 kilomètres carrés ayant obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1978. La Dominique est l’un des derniers territoires caribéens où vit encore une population indigène de 3000 personnes sur une population totale de 72 000 habitants. Contrairement aux autres îles de la région, la Dominique a privilégié la protection de son environnement aux grands développements touristiques et industriels. D’ailleurs, selon la Banque mondiale, en 2011, les émissions de gaz carbonique furent d’à peine 1,7 tonne par habitant, soit bien en deçà de la moyenne mondiale de 4,9 tonnes ou de la moyenne caribéenne de 7,4 tonnes . Son climat tropical aurait été propice au développement touristique de masse, par contre, l’offre touristique a été ciblée vers l’écotourisme. Ses plus beaux attraits naturels, dont le lac bouillant, sont accessibles uniquement par randonnées pédestres.

Si les Dominicains tiennent à préserver leur environnement, les effets du réchauffement climatique quant à eux, sont bien visibles. Au nord de l’île, il est difficile de s’imaginer que la plage qui n’a plus qu’un ou deux mètres de large était auparavant une plage de 50 mètres. Le 27 août 2015, la tempête tropicale Erika s’est abattue sur l’île, tuant vingt personnes alors qu’une cinquantaine d’autres sont toujours portées disparues. Les trente centimètres de pluie tombés en moins de douze heures ont causé d’énormes glissements de terrain, ces derniers ont isolé tout le sud de l’île, dont une partie de la capitale Roseau. Dans son discours à la nation du 28 août 2015, le premier ministre, Roosevelt Skerrit, a déclaré que l’économie de l’île venait de reculer de vingt ans . Certes, cette région est sujette à de telles catastrophes naturelles, par contre, elles sont rarement aussi dévastatrices. Entre 1800 et 2015, seulement trois catastrophes naturelles ont causé des pertes de vies humaines en Dominique. En 1806, 131 personnes sont décédées lors du passage d’un ouragan et en 1834, 200 personnes sont décédées toujours au passage d’un ouragan. Plus récemment, le 30 août 1979, l’ouragan David a frappé la Dominique avec des vents de plus de 250 kilomètres-heure, le catégorisant au niveau 5 sur l’échelle Saffir-Simpson qui en compte 5, emportant sur son passage la vie de trente-sept personnes . Il faut toutefois établir une comparaison entre les événements de 1979 et 2015. En 1979, la population s’est préparée en fonction d’un ouragan majeur. Or, en 2015, les météorologues prévoyaient une tempête tropicale, soit l’équivalent d’une bonne bordée de neige au Québec. En 2005, l’ouragan Katrina a déversé vingt-cinq centimètres de pluie sur la Louisiane en dix heures, ce qui la classe troisième en termes de précipitations d’après le classement du NOAA . La tempête tropicale Erika a déversé plus de pluie sur la Dominique que l’ouragan Katrina en a déversé sur la Louisiane, de plus, Erika était une tempête tropicale, alors que Katrina était un ouragan de force 5.

Le premier ministre Skerrit a fait appel à la communauté internationale et à l’Organisation des États des Amériques (OEA) lors de son discours à la nation du 28 août 2015. Le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, dans un communiqué de presse du 28 août 2015, a offert une aide financière, de l’expertise technique et de l’aide humanitaire au premier ministre Skerrit et au peuple de la Dominique . Cette réponse rapide de la part de l’OEA démontre les liens étroits qui existent entre les pays membres de cette organisation, si la perte de vies humaines ne peut être remplacée, la reconstruction des zones dévastées devra être rapide afin que les Dominicains puissent retrouver une vie normale. Lors de la reconstruction, l’OEA et ses partenaires de la communauté internationale devraient profiter de cette occasion pour reconstruire des infrastructures qui seront plus résistantes aux catastrophes naturelles. Malheureusement, la Dominique, tout comme les autres petits États indépendants de la Caraïbe, n’a pas les capacités financières qu’ont les États industrialisés pour construire des infrastructures capables de mieux résister aux catastrophes naturelles du XXIe siècle. En comparaison, le produit intérieur brut annuel de la Dominique ne représente que dix heures de dépenses militaires pour les États-Unis d’Amérique . Certes, la Dominique a un urgent besoin d’aide financière, mais lorsque les sinistrés auront été aidés, la Dominique aura besoin d’expertise technique. Malheureusement, les pays industrialisés ont tendance à envoyer une équipe de reconstruction d’urgence et à effectuer les travaux sans demander l’aide des populations locales. Bien qu’aucune statistique récente ne soit disponible, la pauvreté et le chômage sont très élevés en Dominique (le chômage atteignait 23 % en 2002 selon les données de l’UNDP) . L’utilisation de main-d’œuvre locale aiderait, du moins temporairement, à améliorer les statistiques sur l’emploi.

Les conséquences de la tempête tropicale Erika pour la Dominique sont de deux ordres. Premièrement, à court terme, une vaste partie de l’île sera privée d’alimentation en électricité pour une période indéterminée, le réseau étant à reconstruire à plusieurs endroits. L’approvisionnement en denrées agroalimentaires dépendant presque uniquement de la culture locale, une pénurie est à prévoir, car les cultures locales sur l’ensemble de l’île ont été détruites. L’aéroport principal et le port principal étant situés dans les régions les plus touchées par les glissements de terrain, rendra encore plus difficile le rétablissement de l’approvisionnement en denrées alimentaires. Il faudra aussi penser reloger les résidents dont les maisons ont été détruites et ceux qui se trouvent dans les villages les plus ravagés. Deuxièmement, il est à prévoir que la reconstruction des infrastructures sera longue. Plusieurs routes et des douzaines de ponts ont été remplacés par des rivières de boues qui rendront leur reconstruction difficile . Certes, les experts vont pouvoir améliorer la solidité des nouvelles infrastructures, par contre, le relief montagneux rendra difficile, voire impossible, la tâche de reconstruire des infrastructures à l’épreuve des catastrophes naturelles. Plusieurs Dominicains ont quitté la Dominique vers la Guadeloupe et la Martinique par voie maritime au cours des derniers jours. La situation actuelle en Dominique ressemble beaucoup à ce qui a été vécu à Montserrat en 1989, alors que l’ouragan Hugo avait détruit 90 % de l’île. À cette époque, la résilience des Montserratiens avait été mise à rude épreuve. D’ailleurs, près de la moitié des Montserratiens ont quitté l’île définitivement.

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