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Mise en garde d’un expert - Le libre-échange n’est pas la fontaine de jouvence pour le Canada

Le Devoir

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Sans les politiques industrielles adéquates, le Canada risque bien plus de faire les frais que de bénéficier des nombreux traités de libre-échange qu’il veut conclure avec différents pays, met en garde un expert en la matière.

Il ne suffit pas de signer des accords de libre-échange pour tirer profit de la mondialisation, a observé lundi au Devoir le professeur d’économie politique internationale à l’UQAM Christian Deblock. Il faut aussi avoir une économie compétitive, sans quoi le fait d’ouvrir plus grand ses frontières aura simplement pour résultat de l’offrir en pâture à la concurrence étrangère. « Contrairement à ce qu’on entendait dire il y a encore dix ans, le libre-échange n’est pas la fontaine de jouvence. Si on ne fait qu’ouvrir son marché sans se demander ce qu’on est capable de vendre, on prend une belle débarque », a déclaré le codirecteur, avec le professeur de l’ENAP, Stéphane Paquin, d’une école d’été sur les négociations commerciales dans un monde désormais multipolaire.

Le Québec l’avait bien compris à l’époque où il appuyait le libre-échange tout en se dotant d’une politique visant à encourager l’industrie numérique et autres technologies de l’information, a-t-il observé quelques minutes à peine avant que le père de cette politique, l’ancien premier ministre Bernard Landry, ne donne le coup d’envoi de la semaine de conférences et d’échanges. Le Brésil fait actuellement la cruelle expérience du contraire, lui qui a beaucoup ouvert ses frontières pour aider son puissant secteur agricole, mais qui voit aussi maintenant dépérir sa production industrielle.

La même chose risque de se produire au Canada s’il continue de lancer des projets de traités de libre-échange avec un peu tout le monde sans se soucier du degré de préparation de son économie, dit Christian Deblock. « Oui, bien sûr, notre territoire est très riche en pétrole et en ressources naturelles, mais c’est loin d’être suffisant. À moins que vous n’acceptiez que votre économie se replie sur son secteur primaire et qu’elle passe sous le contrôle de la Chine. »

Mieux choisir et mener ses batailles

Un peu moins d’une cinquantaine d’étudiants, de fonctionnaires, de juristes et de gestionnaires participeront à cette première école d’été sur les négociations commerciales à se tenir au Québec. Plus de 25 conférenciers y traiteront des aspects théoriques et pratiques des grandes tendances qui marquent le secteur, telles que la montée de la Chine, la mise en place de chaîne de valeur mondiale, ainsi que la multiplication des projets d’accords régionaux et bilatéraux au détriment de la voie multilatérale notamment à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Déjà signataire d’une dizaine de traités de libre-échange, le Canada mène actuellement la négociation de plus d’une douzaine d’autres avec, notamment, l’Union européenne, les pays du Partenariat transpacifique, le Japon, l’Inde et la Corée. Une « étude sur les complémentarités économiques du Canada et de la Chine » est aussi en cours.

Christian Deblock estime bien mince l’intérêt et même la faisabilité d’accords entre le Canada et des économies aussi puissantes et différentes que la Chine, le Japon et l’Inde. « L’important est de se donner des priorités. Les négociations avec l’Europe sont déjà difficiles ; mieux vaudrait y consacrer toute notre énergie avant de s’embarquer tout de suite dans quelque chose d’encore plus compliqué. »

« Le navire amiral américain »

Bien que tardive, la récente entrée du Canada dans les négociations du Partenariat transpacifique lui apparaît aussi comme une bonne chose, ne serait-ce que parce qu’il devrait permettre au Canada de resserrer ses liens avec certains de ses pays participants, comme l’Australie et le Chili, et que d’autres, comme le Vietnam et le Singapour, pourraient lui ouvrir des portes en Asie. Cela pourrait aussi, et peut-être surtout, être une belle occasion de refaire ce que l’économie canadienne a longtemps fait le mieux, c’est-à-dire s’amarrer au « navire amiral américain ».

« Les chaînes mondiales de valeur ne comptent que très peu de noeuds par lesquelles les étapes de production doivent absolument passer ; les États-Unis, la Chine, le Japon font partie de ces noeuds. On est bien obligés de constater que ce n’est à peu près plus le cas du Canada », explique l’économiste. D’où l’intérêt, dit-il, de profiter du pouvoir d’attraction des États-Unis, mais aussi de se doter de politiques commerciales et industrielles énergiques et complémentaires pour mieux s’affirmer dans quelques secteurs.

Cliquer ici pour lire l’article sur le site du Devoir.

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