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Enjeux et défis de l’entrepreneuriat des jeunes femmes en milieu rural sénégalais

Texte rédigé par Astou Niang (Terre Sans Frontières) et Saliou Coundoul (Carrefour International), 12 octobre 2020

Auteurs

Astou Niang, Ph.D, Chef du développement et de l’évaluation à Terre Sans Frontières, a.niang@terresansfrontieres.ca 

Saliou Coundoul, MSc, Expert en entrepreneuriat et développement des affaires, Chargé de programme en agriculture-environnement et changements climatiques à Carrefour International, saliou@cintl.org 

Au Sénégal, selon les résultats de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) de 2017, plus d’un Sénégalais sur deux (53 %) a moins de 20 ans. Plus de la moitié de la population (55 %) vit principalement d’activités agricoles et d’élevage. De plus, selon le Recensement national de l’agriculture en 2013, il existe 755 540 exploitations agricoles au Sénégal. Aucun doute que le développement de l’entrepreneuriat féminin et jeunesse en milieu rural constitue un créneau porteur et une alternative à la création d’emplois, mais aussi dans la lutte contre le chômage et le sous-emploi. Ces enjeux sont d’autant plus pertinents si l’on veut inverser la tendance de l’exode rural des jeunes, qui constitue un frein important au développement des régions du Sénégal.

Lorsqu’on aborde la question de l’entrepreneuriat féminin et jeunesse, il faut rappeler le contexte évolutif de la société sénégalaise ces dix dernières années, dans lequel le rôle des jeunes, et particulièrement des jeunes femmes sur le plan économique, s’est beaucoup transformé. Devant les inégalités d’accès à l’emploi, avec un taux d’emploi de 29,9 % chez les femmes contre 47,1 % chez les hommes selon les données de l’ANSD pour 2014, l’entrepreneuriat se présente comme une solution aux problématiques socio-économiques des femmes et des jeunes. Ainsi, plusieurs initiatives et politiques ont été mises en place au cours des dix dernières années par le gouvernement du Sénégal, les ONG internationales et les organisations locales dans le secteur de l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes particulièrement en milieu urbain.

Cependant, rares sont les initiatives ou politiques qui se focalisent spécifiquement sur le cas des jeunes femmes entrepreneures en milieu rural. Souvent, ces initiatives ont plus cherché à rejoindre globalement les femmes, les jeunes et les hommes surtout en zone urbaine et dans les régions proches (Dakar, Thiès, Kaolack). Pourtant, les jeunes femmes entrepreneures constituent un potentiel de richesse et de solutions innovantes pour assurer le développement socio-économique durable des régions rurales sénégalaises. Ce texte cherche à mettre en évidence les défis auxquels elles sont confrontées en milieu rural et à proposer des stratégies à apporter basées sur les constats des auteur-e-s découlant du suivi et de l’évaluation d’initiatives et politiques mises en œuvre dans le secteur.

Défis rencontrés par les jeunes femmes entrepreneures en milieu rural

Malgré son rôle important, l’entrepreneuriat chez les jeunes et les femmes, reste confronté à plusieurs défis qui impactent son développement :

• Les droits d’accès limités des femmes aux services d’entrepreneuriat ;
• Le manque de ressources-conseils pour leur accompagnement ;
• L’accès difficile au crédit ;
• L’insuffisance de réseaux ;
• Le manque de formations techniques en gestion de petites et moyennes entreprises ;
• La faible implication des autorités locales et gouvernementales et l’insuffisance d’outils et d’approches en renforcement de capacités entrepreneuriales adaptés aux réalités et aux besoins des femmes entrepreneures.

On peut aussi noter, selon l’ouvrage de Fatou Sarr (1998), certaines normes socioculturelles et rapports de pouvoir nuisibles aux droits socio-économiques des femmes entrepreneures qui freinent leur épanouissement en entrepreneuriat et leur autonomisation économique.

Ces défis sont encore plus marqués pour les jeunes femmes entrepreneures en milieu rural, où l’on constate un déficit important des ressources de base pour stimuler le développement entrepreneurial et favoriser leurs droits d’accès aux services de proximité. En effet, dans les zones rurales du Sénégal, certaines normes socioculturelles sont défavorables et discriminantes aux jeunes femmes entrepreneures et à leur réussite : un accès limité à la terre, la lourde charge de travail familial, la faible scolarisation, un manque de leadership, une marginalisation sociale dans certaines zones rurales très patriarcales, les mariages et grossesses précoces, etc. À cela s’ajoute plusieurs obstacles économiques : les contraintes de production, de transformation, de commercialisation des produits agricoles et l’accès difficile au marché, etc. Par méconnaissance des circuits de commercialisation agricole, elles sont souvent confrontées au dictat des opérateurs économiques qui fixent les prix des denrées agricoles. Cette situation est encore plus compliquée pour celles qui démarrent ou gèrent des exploitations familiales. Un accès difficile au marché les amène très souvent à brader leur production agricole.

La conservation et la gestion des stocks de production constituent aussi des facteurs limitants pour atténuer les pertes liées aux fluctuations du marché. Il faut ajouter également la nécessité de respecter les échéances des créanciers pour les crédits octroyés, dont les taux d’intérêt sont élevés et inadaptés aux réalités des jeunes entrepreneures en zone rurale.

Par ailleurs, les jeunes femmes sont aussi confrontées à l’absence de structures d’accompagnement qui pourraient les appuyer à performer et à répondre à leurs droits d’accès aux services. Elles sont laissées à elles-mêmes et au soutien du noyau familial, avec toutes ses limites. Rares sont celles qui ont des opportunités d’accompagnement régulier. On peut toutefois citer certaines initiatives d’accompagnement menées par le Réseau des organisations paysannes et pastorales du Sénégal (RESOPP) et l’Union nationale des femmes coopératrices du Sénégal (UNFCS), partenaires locaux de Carrefour International.

Quelles stratégies pour appuyer les jeunes femmes entrepreneures ?

Au terme de notre analyse, certaines stratégies et recommandations seraient pertinentes à mettre en place afin de mieux soutenir les actions déjà entreprises par les organisations locales et de coopération internationale dans le secteur de l’entrepreneuriat des jeunes femmes en zone rurale sénégalaise. Il s’agit de :

• Soutenir davantage des politiques publiques agricoles et entrepreneuriales inclusives et adaptées aux besoins des jeunes femmes telles que préconisées par les Objectifs de développement durable ;
• Assurer la disponibilité d’expertises et de ressources d’accompagnement de proximité adaptées aux besoins des jeunes femmes entrepreneures en milieu rural afin d’arriver à une offre de services soutenue et durable impliquant l’État, la société civile, la recherche, la coopération internationale et le secteur privé ;
• Intégrer la dimension égalité femme/homme dès la sélection et la formation des jeunes entrepreneur-e-s dans le cadre de programmes locaux appuyés par le gouvernement sénégalais, les organisations locales et les ONG internationales. Cette stratégie permet de se différencier des programmes classiques taillés pour la plupart pour les jeunes hommes, et prenant moins en compte les besoins de cheminement des jeunes femmes en milieu rural ;
• Assurer la préparation de la relève à travers les programmes de mentorat qui concilient travail-étude-famille pour attirer les jeunes femmes scolarisées ou non en âge de travailler au sein des coopératives rurales et entreprises de femmes ;
• Tenir compte de l’adaptation et de la résilience aux changements climatiques dans le développement d’exploitations familiales agroécologiques gérées par de jeunes entrepreneures.

Le partenariat entre les organisations de coopération internationale, les institutions publiques et les organisations locales pour l’accompagnement des jeunes femmes entrepreneures est un atout important dans la mise en œuvre de ces stratégies. Cependant, ce partenariat devrait toujours se faire en misant sur les outils et les approches développés et adaptés au contexte rural, plutôt que le renforcement des capacités basé sur des approches adaptées au milieu professionnel et académique pour de jeunes entrepreneures urbaines.

Crédit photo : Carrefour international

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