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Une réponse proactive vis-à-vis de la Covid-19 au Guatemala ? À quel prix ?

Texte rédigé par Caroline Beauchamp, étudiante à la maîtrise en sciences sociales du développement, concentration développement international à l’UQO, 26 octobre 2020

La gestion de la crise sanitaire due à la Covid-19 constitue un défi de taille pour tous les pays du monde. Si les pays dits « développés » vivent encore de grandes difficultés à gérer la situation, les pays considérés « en développement » font face à des obstacles majeurs. En Amérique latine, l’Équateur a été le premier pays durement affecté. Dès mai 2020, l’Amérique latine est devenue le nouvel épicentre de la pandémie. Le Pérou, le Chili, le Brésil et le Mexique sont les principaux pays touchés par une augmentation exponentielle de cas. Les gouvernements latino-américains ont réagi avec des plans d’action fort différents face à la crise. Par exemple, le Brésil a priorisé l’économie plutôt que d’appliquer des mesures sanitaires qui la ralentirait. Le Mexique s’est montré réticent au confinement et à la fermeture de ses frontières. Le Chili a imposé un confinement modulable en fonction des foyers d’éclosion pour se rétracter et ordonner un confinement général. De son côté, le Pérou a hâtivement mis en place des mesures strictes sans toutefois réussir à contenir la propagation.

Ce texte met de l’avant la gestion de crise par un petit pays centroaméricain : le Guatemala. Lorsque le président, Alejandro Giammattei, est entré au pouvoir le 24 janvier 2020, une crise imminente l’attendait. Quelle a été sa réponse politique ?

La réaction de l’administration Giammattei

Avec un taux de pauvreté avoisinant les 60 %, l’emploi informel représentant 79,7 % de l’emploi total selon l’Organisation internationale du travail, et un des pires systèmes de santé de l’Amérique latine offrant à peine 0,6 lit par mille habitants, ce pays de l’Amérique centrale est aux prises avec de graves problèmes socio-économiques. Il dispose de peu de ressources, est endetté et dépend de l’aide internationale. Avant que le premier cas ne soit confirmé, Giammattei entamait déjà les préparatifs pour affronter le coronavirus : début de l’expansion de sa capacité hospitalière avec la construction d’un premier hôpital temporaire, demande d’acceptation d’un prêt d’urgence de la Banque Mondiale auprès de son administration et instauration de l’état d’urgence, le 5 mars 2020. Des décisions importantes qui anticipaient les défis à venir. Avec l’annonce du premier cas, le 13 mars 2020, les mesures sanitaires se sont multipliées dans les semaines qui ont suivi : fermeture des écoles et des frontières, couvre-feu, arrêt des transports publics, port du masque obligatoire, confinement total durant plusieurs fins de semaine, construction de quatre autres hôpitaux, annonce de dix programmes d’aide financière, etc. Le Guatemala a cherché à éviter une crise socio-économique catastrophique, ce qui lui a valu une certaine reconnaissance sur l’échiquier mondial.

Un bon élève en Amérique latine, mais des problèmes socio-économiques qui se multiplient

Les nombreuses actions entreprises rapidement par le gouvernement guatémaltèque lui ont attiré des félicitations de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui a reconnu ses efforts pour contenir la pandémie dans un communiqué de presse paru le 10 avril 2020. Le Guatemala se démarque ainsi en Amérique latine et se positionne du côté des bons élèves de la gestion de crise en respectant et en appliquant les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Loin d’obtenir les succès de l’Uruguay et du Costa Rica, le Guatemala reste néanmoins en contrôle de la crise. Il se distingue des pays sévèrement critiqués, dont son voisin mexicain figurant parmi les pays les plus endeuillés et critiqués pour sa gestion laxiste. Sa bonne gestion lui donne une certaine visibilité à l’échelle mondiale, assurément favorable pour ses relations internationales. Premièrement, le Guatemala s’est assuré d’un appui continu de la part de l’ONU avec vingt agences onusiennes qui se sont mobilisées pour le soutenir. Deuxièmement, Giammattei s’est attiré la sympathie de certains pays afin de recevoir de l’aide internationale, dont le Canada, qui a réagi positivement à l’appel indirect d’aide de son ami de longue date. Une contribution directe de 160 000 $ et une autre via l’Organisation panaméricaine de la Santé de 2,5 millions $ ont été annoncées par l’Ambassade du Canada au Guatemala dans un communiqué de presse publié sur Facebook le 13 mai 2020. Certes, la communauté internationale a reconnu les efforts du Guatemala, mais le gouvernement Giammattei a encore du mal à mettre en œuvre ses politiques afin de soutenir sa population, majoritairement en situation de vulnérabilité.

Dans les hôpitaux temporaires mis en place, le personnel médical a dénoncé publiquement le manque d’équipements de protection, les retards dans le paiement des salaires et même un favoritisme imposé par le gouvernement envers certains patients. De plus, selon plusieurs travailleurs humanitaires, les mesures imposées, telles que le confinement et le couvre-feu, ont exacerbé la faim et les programmes d’aide alimentaire ne répondent pas aux besoins criants de la population. Les problèmes socio-économiques sont donc à la hausse et l’aide apportée par le gouvernement est nettement insuffisante.

La course pour l’obtention du vaccin

Une autre stratégie du Guatemala est de tenter d’accéder au vaccin le plus rapidement possible. Il veut s’assurer de faire partie de la liste prioritaire qui recevra le vaccin lorsqu’il sera prêt. En juillet dernier, il a adhéré au dispositif d’accès mondial pour un vaccin connu sous l’acronyme COVAX, dirigé par l’OMS et l’Alliance du vaccin (GAVI). Cependant, ce dispositif collectif ne garantit pas l’acquisition du vaccin et le président Giammattei ne mise pas seulement sur le multilatéralisme onusien pour y avoir accès. À ce propos, son ministère des Affaires étrangères multiplie parallèlement les rencontres diplomatiques. Selon un article publié par l’Agencia Guatemalteca de Noticias en août dernier, des négociations sont en cours avec le Royaume-Uni, la Russie, le Japon, l’Italie, l’Argentine, le Brésil, le Mexique et Israël. Le Guatemala semble donc prêt à saisir la première occasion, qu’elle se présente par un accord bilatéral ou à travers l’appareil onusien.

Pour conclure, le Guatemala semble proactif à certains égards, mais est incapable d’apporter des solutions durables aux problèmes socio-économiques accentués par la crise, dus notamment aux pratiques de corruption systémiques. Certes, le vaccin pourrait être un facteur déterminant pour la relance économique complète, mais n’est pas susceptible à lui seul d’apporter la solution à l’ensemble des maux qu’affronte la population guatémaltèque. L’aide internationale demeure donc d’une grande importance. Les quelques exemples apportés précédemment ont montré des failles dans l’application des politiques publiques. L’Institut centraméricain d’études fiscales a aussi décelé ces mêmes faiblesses : une lenteur dans le financement et l’exécution des programmes d’aide, des compressions budgétaires dans les services actuels, sociaux et de santé, et des irrégularités fiscales. La crise de la Covid-19 a dévoilé davantage les problèmes endogènes de ce pays. Cela laisse place à des questionnements sur la corruption présente au Guatemala, le maniement des fonds dédiés à la crise et les répercussions possibles, actuelles et futures, pour la population guatémaltèque.

Crédit photo : uusc4all/VisualHunt/CC BY-NC-ND​

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