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L’IEIM vous présente Paola Ouédraogo, doctorante et lauréate d’une Bourse Banque Scotia-IEIM 2021

Paola Ouédraogo effectue son doctorat en Études littéraires sous la direction d’Isaac Bazié du Laboratoire des Afriques innovantes (LAFI), 19 avril 2021

Le projet doctoral de Paola Ouédraogo mobilise une perspective croisée Afrique-Caraïbes qui reflète les origines mixtes de cette femme guadeloupéenne, née en Martinique d’un père allemand-burkinabé et d’une mère française. Dans le cadre de ses études en littérature, qu’elle effectue sous la direction d’Isaac Bazié du Laboratoire des Afriques innovantes (LAFI), elle espère se rendre au Burkina Faso, le pays de son grand-père paternel, afin d’approfondir sa compréhension du milieu littéraire africain francophone. N’ayant jamais visité le pays d’où provient son patronyme typiquement burkinabé, ce projet doctoral répond également à une recherche bien personnelle : renouer avec une partie de son patrimoine familial qu’elle ne connaît pas. « Lorsque des Burkinabés me demandent dans quelle région habite ma famille, je leur réponds qu’on a créé une nouvelle branche ! Je suis une Ouédraogo de Guadeloupe ! » explique-t-elle en riant, « car j’ignore l’histoire de ma famille en Afrique ».

Mais au-delà de cet ancrage familial et identitaire, c’est la littérature africaine et antillaise qui suscite la passion de Paola depuis de nombreuses années. Elle a d’ailleurs effectué ses études de premier et deuxième cycle à l’UQAM en études littéraires avant d’entamer son doctorat en 2020 dans le même domaine. « Étant antillaise, j’ai toujours été intéressée par la littérature caribéenne, mais lorsque j’ai commencé à lire des autrices et auteurs africains, j’ai remarqué une similitude. Quelque chose est venu me toucher, puis j’ai voulu travailler sur ça. »

C’est ainsi que le mémoire de maîtrise de Paola s’intéresse aux voix féminines africaines et antillaises francophones, largement marginalisées dans les sphères littéraires et académiques. À la maîtrise, elle s’est concentrée sur l’œuvre d’une autrice guadeloupéenne, Gisèle Pineau, et d’une autrice camerounaise, Hemley Boum. Pour son projet doctoral, elle envisage cependant la possibilité d’élargir son champ de recherche pour y intégrer les autrices caribéennes et africaines anglophones. « Il y a une telle production ! C’est pour ça que je veux me rendre sur place, pour voir ce qui se produit localement au niveau de la littérature, pour voir tout ce qui ne passe pas les frontières, ce qui n’arrive pas en France, ou au Canada. »

Aujourd’hui, la thèse doctorale de Paola s’intéresse plus particulièrement aux réécritures littéraires et au féminin d’événements et de périodes historiques : l’esclavage, la colonisation, les guerres d’indépendance et les résistances aux Antilles, entre autres. Elle constate que les autrices, dans leurs écrits, contribuent à la réécriture de l’histoire en y insérant des personnages féminins, réhabilitant ainsi des figures occultées dans les récits dominants. « La grande histoire est réarticulée à l’aide de petites histoires, les histoires des gens, qu’on intègre pour réhumaniser le récit. On redonne ainsi à l’histoire ce caractère d’authenticité qu’elle a perdu en étant détachée des populations. » Les voix féminines provenant des pays « du Sud » sont d’autant plus importantes en raison de la double invisibilisation qu’elles ont longtemps subie, et qu’elles subissent encore aujourd’hui, par le fait de leur race et de leur genre. La recherche de Paola vient alors combler un manque dans la société en général, mais dans le milieu littéraire et historique plus spécifiquement.

La littérature façonne nos imaginaires », nous explique Paola. « Si on se contente de lire toujours les mêmes auteurs, les mêmes types de personnes et discours, on n’ouvre pas notre vision du monde.

La doctorante donne ainsi un ancrage concret à ses projets en essayant d’élargir notre imaginaire symbolique en mettant de l’avant les littératures typiquement exclues. C’est ainsi qu’elle a co-fondé Diverses syllabes l’été dernier, une maison d’édition féministe, intersectionnelle et queer dont l’objectif est de faire rayonner l’œuvre des femmes racisées et des personnes minorisées dans le genre.

L’IEIM est fier de compter Paola parmi ses boursières et boursiers, et lui souhaite tout le succès avec ce projet et son parcours doctoral.

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