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L’avenir de l’aide internationale en Afghanistan

Texte rédigé par Eleonore Fournier-Tombs, professeure auxiliaire et directrice du laboratoire sur l’inclusion technologique, Université d’Ottawa, Faculté de droit, section droit civil, 4 octobre 2021

En août 2021, le gouvernement afghan soutenu par les États-Unis a été renversé par un coup d’État mené par les talibans, un événement qui a eu d’énormes répercussions sur l’aide internationale dans le pays. Si l’Afghanistan a une longue histoire d’intervention internationale, c’est dans les deux dernières décennies que s’est vraiment développé l’écosystème humanitaire et de développement au pays, notamment en ce qui concerne l’éducation et l’emploi des femmes et des filles. Aujourd’hui, on se pose la question : qu’adviendra-t-il de tous ces programmes internationaux ?

Le contexte humanitaire en Afghanistan

L’Afghanistan doit relever plusieurs défis importants en matière d’aide humanitaire et de développement. L’indice de développement humain — une mesure du PNUD qui classe les pays selon des critères de santé, d’éducation et de revenus — classe le pays au 169e rang sur 189. Selon l’IPC, une coalition internationale de surveillance de la famine, plus de 11 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire, et 3,2 millions d’entre elles sont en situation d’urgence alimentaire. Dépourvu d’infrastructures sanitaires adéquates, le pays a été durement touché par la pandémie de la COVID-19, notamment lors d’une troisième vague à l’été 2021. Pourtant, sur un pays de 38 millions d’habitants, l’OMS ne signale que 7 000 décès dus au virus en août 2021, ce qui reflète le manque d’installations de dépistage et de déclaration dans le pays (le Canada, un pays de taille similaire en termes de population, a signalé 27 000 décès).

Enfin, il y a la question des droits des femmes. Sous le dernier régime taliban, de 1996 à 2001, les femmes ont subi une immense répression, notamment l’interdiction d’aller à l’école, de travailler et de participer à la vie publique ; elles ont été contraintes de porter la burqa — un vêtement traditionnel couvrant la femme de la tête aux pieds, y compris un morceau de tissu sur le visage ; elles devaient s’en remettre aux hommes pour les questions privées et publiques, y compris la propriété, le mariage et même les déplacements à l’extérieur de la maison ; et elles ont subi des châtiments brutaux comme la lapidation. La vie des femmes a commencé à s’améliorer en 2002, les écoles commençant à accepter les filles, les femmes étant autorisées à occuper un emploi et même à avoir une certaine autonomie financière. L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch note que : « Aujourd’hui, 20 ans plus tard, une génération de filles et de jeunes femmes afghanes a grandi en considérant l’époque des talibans comme une ombre sombre du passé de leur mère, et non comme un cycle qui pourrait les priver de leur avenir. »

Initiatives actuelles d’aide internationale humanitaire et de développement

Depuis 2001, des milliards de dollars d’aide internationale ont été dépensés chaque année en Afghanistan avec ses avantages et ses limites. Le Canada, par exemple, a dépensé près d’un milliard de dollars dans le pays depuis 2014, principalement pour les droits des femmes et l’éducation des filles. Un rapport interne d’Affaires mondiales Canada explique que bien que ce programme ait eu un impact positif, il y a aussi eu des erreurs, notamment dans le manque d’implication des hommes et des garçons dans ces projets. À plus grande échelle, l’intervention américaine a été critiquée pour avoir perpétué la dépendance du pays sur l’aide internationale, plutôt que d’avoir appuyé son indépendance économique.

Néanmoins, le Bureau des Nations Unies pour la coordination de l’aide humanitaire (OCHA) a fait de l’Afghanistan un pays prioritaire, coordonnant les activités humanitaires du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), de l’UNICEF et du Programme alimentaire mondial (PAM), entre autres. Alors que les initiatives d’aide humanitaire visaient à sauver des vies, notamment lors des catastrophes naturelles fréquentes dans le pays (sécheresse, inondations et avalanches, pour n’en citer que quelques-unes), les activités de développement avaient pour but de contribuer à renforcer la résilience économique et sociale du pays. La Banque mondiale et l’USAID (l’agence américaine de développement international) ont été des acteurs clés à cet égard, fournissant des fonds pour construire des routes et des infrastructures, et collaborant avec le gouvernement pour développer des outils de gestion de crise. L’UNICEF, entre autres, a aussi beaucoup investi dans des programmes d’éducation pour les filles.

Après la chute du gouvernement aux mains des talibans en 2021, les États-Unis ont retiré leurs initiatives tant militaires que de développement. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont suivi le même chemin, annulant les projets en cours et gelant les actifs du gouvernement.

Pourtant, les talibans ne sont pas arrivés au pouvoir dans le vide. Bien qu’ils soient armés, ils comptent sur un faible appui de la population pour rester au pouvoir. Un rapport de la Asia Foundation a interrogé plus de 17 000 Afghan.e.s en 2019 et trouvé que 85 % n’avaient aucune sympathie pour le groupe. S’ils ne respectent pas les engagements du pays à l’égard du droit humanitaire, leurs citoyens et citoyennes souffriront encore plus qu’ils ne l’ont déjà fait, et ce soutien est susceptible de s’effriter davantage. Il convient cependant de noter que toutes les dictatures militaires n’ouvrent pas leurs portes à l’aide humanitaire. La Corée du Nord, par exemple, dont certains estiment que plus d’un tiers de la population vit dans l’insécurité alimentaire, n’a jamais autorisé les interventions humanitaires des Nations Unies. La distribution de l’aide humanitaire en Syrie dans les dernières années a été très difficile, avec des envois de nourriture et de médicaments régulièrement détournés par le gouvernement et les milices, ainsi que des difficultés à collecter des fonds de la part de la communauté internationale.

Quel impact pour les Afghans ?

Que signifie tout cela pour les citoyens et citoyennes de l’Afghanistan ? En septembre, l’ONU a promis 1 milliard de dollars en aide humanitaire dans le pays, mais encore faudra-t-il trouver les fonds et organiser la logistique complexe de l’aide. Le retrait des institutions financières internationales menace d’accroître la famine ainsi que l’urgence sanitaire. Michelle Bachelet, Haut-commissaire des droits humains pour les Nations Unies, a exprimé ses inquiétudes quant au futur des droits des femmes et des filles. Il y a quelques mois, 27 % des élus aux parlements et 20 % de la fonction publique étaient des femmes, et il y avait 3,5 millions de filles à l’école. En 1999, aucune fille n’était admise à l’école.

Le futur de l’éducation des filles semble donc précaire. Les écoles secondaires déjà ségréguées ont rouvert il y a quelques jours, mais seulement pour les garçons. Bien que les talibans aient promis de rouvrir les écoles pour les filles bientôt, elles sont pour l’instant fermées. Les jeunes femmes pourront continuer leurs études universitaires, mais dans des classes ségréguées et avec un nouveau code vestimentaire. Elles ne pourront également pas faire de sport.

Une vague de demandes d’asile, particulièrement de la part de femmes afghanes, s’annonce déjà. Pendant les dernières semaines du mois d’août 2021, plus de 120 000 personnes ont pu quitter le pays, dont 65 000 Afghan.e.s. Le 24 août, les talibans ont fermé la route vers l’aéroport, soulevant des craintes que ceux et celles qui voulaient quitter le pays après le 31 août ne pouvaient plus le faire. Cependant, le groupe a ensuite affirmé que les citoyens et citoyennes détenant des documents valables pourraient quitter le pays s’ils le souhaitaient. Pourtant, la majorité des individus qui pourront quitter l’Afghanistan le feront à pied, à travers les frontières voisines de l’Iran et du Pakistan. Ce seront les plus vulnérables, qui auront dépensé leurs dernières ressources pour voyager, qui arriveront dans les camps de réfugiés déjà trop pleins de ces pays.

Il y a encore beaucoup d’inconnus en ce qui concerne l’Afghanistan. Il semble que les talibans ne sont pas complètement à l’abri de la pression internationale, et pourront possiblement collaborer avec certaines organisations, dont l’UNICEF. Alors que de nombreux projets d’aide au développement prendront fin, ce sera l’aide humanitaire qui prendra le dessus, non seulement dans le pays même, mais aussi dans les pays voisins. La situation en Afghanistan est complexe et nuancée, et l’avenir de l’aide internationale semble encore bien incertain.

Illustration : Curtis Hendricks

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